Boire, manger, respirer : nouvelle enquête sur la santé environnementale dans le quotidien des Français

​​​​Alors que le Sénat examine ce lundi 29 juin le projet de loi d’urgence agricole votée le 2 juin à l'Assemblée nationale, l’enquête nationale publiée par Destin Commun apporte un éclairage inédit sur la perception des enjeux de pollution de l’air, de l’eau et des sols, et les attentes des Français en matière de santé environnementale.
Reposant sur une enquête quantitative représentative de la population nationale et six groupes de discussion, l’étude confirme la sensibilité de l’opinion à la question des pesticides et des engrais,
​​​​​​​​ et pointe la difficulté qu’expriment les Français à bénéficier de repères clairs dans leur consommation du quotidien. Elle montre aussi que la confiance dans l’eau du robinet et dans la qualité de l’air restent élevées, révélant un capital confiance qu’il importe de préserver. 

"Le rapport des Français à l'écologie est pragmatique et ancré dans des préoccupations quotidiennes universelles : boire, manger, respirer. La question sanitaire y est centrale, a fortiori lorsqu’il s’agit de la santé des enfants

Laurence de Nervaux

Pesticides et engrais : soutien aux agriculteurs mais refus d’un recul sanitaire

8 Français sur 10 estiment être parfois exposés à des pesticides, dont 32% quotidiennement, et principalement par l'alimentation.
7 sur 10 considèrent que l’usage des pesticides peut présenter des risques pour les écosystèmes et pour la santé des agriculteurs et des consommateurs, et souhaitent que d’autres solutions soient privilégiées.

Alors que la réintroduction de l’acétamipride prévue par la loi Duplomb (adoptée à l’été 2025 puis partiellement censurée par le Conseil constitutionnel) tend à être réinséré dans la loi d’urgence agricole, 55% des Français se déclarent défavorables à la réintroduction de pesticides interdits, un chiffre stable depuis l'été 2025.  

« C’était une grosse zone de production de pommes de terre, blé, betteraves. Quand j’étais petit, on allait dans les champs et j’avais souvent des céphalées et le nez qui coulait et les yeux qui piquaient »
François, 35 ans, Beauce

En revanche, ils expriment une incompréhension et un agacement face à la concurrence jugée déloyale à laquelle les produits français font face et adhèrent largement à l’idée d’autonomie alimentaire.  

« Comment ces produits-là peuvent être moins chers alors qu’ils viennent de l’autre bout du monde alors que nous, ils viennent d’à côté de chez nous ? »
Jonathan, 34 ans, Beauce

8 Français sur 10 sont par ailleurs favorables à un renforcement des normes sur les engrais de synthèse. La proposition de loi visant à réduire la teneur en cadmium des engrais phosphatés adoptée en première lecture début juin à l'Assemblée nationale répond ainsi à une attente des Français. 
Protéger la santé des consommateurs et des agriculteurs, maintenir une production alimentaire française robuste et rémunératrice pour les agriculteurs et garantir des prix accessibles à tous : l’ensemble des Français aspirent à un modèle agricole qui assure ce triptyque, mais sont conscients du défi qu’il représente. 

« Je trouve que c’est compliqué de manger sainement. Je pense aussi que les conditions de travail des agriculteurs deviennent de plus en plus compliquées et il faut pas les accabler. »
Virginie, 56 ans, Bretagne

81% des Français plébiscitent l'agriculture biologique pour les garanties qu'elle offre en matière de santé, et 77% pour ses bénéfices environnementaux. 48% des Français déclarent d’ailleurs avoir régulièrement consommé au cours de l'année passée des aliments issus de l’agriculture biologique. De plus, 58% des Français disent avoir réduit de façon importante leur consommation de produits ultra-transformés au cours de l'année.

L’eau du robinet : un capital confiance à préserver, fragilisé chez les jeunes

2 Français sur 3 ont confiance dans l’eau du robinet de leur commune. Cette confiance s’élève même à 74% dans le Grand Est et 78% en PACA.  

Mais cette confiance est fragilisée par la montée en puissance des inquiétudes autour des polluants éternels (PFAS et microplastiques). En conséquence, 46% des Français déclarent avoir préféré, au cours de l'année passée, boire de l'eau en bouteille (pourtant non exempte de contamination) plutôt que du robinet par crainte d’une pollution — un chiffre qui monte à 57% chez les 18-24 ans. 

Pollution de l’air : une inquiétude forte des urbains mais un sujet mal compris 

64% des habitants des grandes villes se déclarent préoccupés par la qualité de l'air de leur lieu de vie, contre 35% des habitants des zones rurales. Chez les urbains, les plus exposés, l'inquiétude se double d’un sentiment d'impuissance mêlé de fatalisme. 

« On baigne dedans, on s’en rend pas compte mais à long terme, le corps trinque, y’a pas photo. Après qu’est-ce qu’on peut faire ? C’est soit on part en province, soit on reste où on est. On a pas le choix. »
Jean-Michel, 65 ans, Laissés-pour-compte, Seine-Saint-Denis

La pollution de l’air, phénomène quotidien invisible, n'en est pas moins redoutée pour ses conséquences sur la santé, que les Français hiérarchisent : asthme (57%), cancers (50%), irritations des voies respiratoires (40%). 

Le gouvernement arrive en tête des acteurs jugés responsables d'agir pour prévenir et réduire la pollution de l'air. Néanmoins les Français n'identifient que partiellement les causes de la pollution de l’air, désignant en premier lieu le trafic routier mais citant très peu le chauffage individuel. Leur connaissance des substances en cause est également approximative : ils citent davantage le dioxyde de carbone que le dioxyde d’azote et l’ozone, témoignant d’une confusion entre réchauffement climatique et pollution de l’air.  

ZFE : les Français soutiennent l’objectif mais exigent une équité dans la mesure

Les Français soutiennent nettement les mesures de décarbonation des mobilités et de piétonnisation des centres-villes — à condition qu'elles soient socialement justes et accompagnées d'alternatives crédibles. Le rétropédalage sur les politiques environnementales est par ailleurs vécu comme une trahison de la parole politique.

"Dans une période marquée par des inquiétudes sanitaires, l’écologie apparaît moins comme un marqueur idéologique que comme une aspiration collective à préserver l’accès à des ressources élémentaires saines pour tous. Au milieu de la défiance actuelle, ces biens communs bénéficient encore d’un capital confiance qu’il est essentiel de préserver”.

Laurence de Nervaux, directrice de Destin Commun et co-autrice de l'étude

                                            

Méthodologie de l'enquête : 

L’étude combine :

  • Un volet quantitatif : enquête auprès de 2 074 personnes représentatives de la population française métropolitaine âgée de 18 ans et plus. Représentativité assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession, et région) Critères de redressement : sexe et âge (croisés), profession, région. Mode de recueil : Enquête auto-administrée en ligne. Dates du terrain : du 3 au 6 avril 2026
  • Un volet qualitatif : six groupes de discussions de 2h chacun, soit un total de 12h de discussions entre 17 mars et le 12 mai 2026. * Les prénoms des participants ont été modifiés par respect de l’anonymat.